
Contrairement à une idée reçue, le test de Bartle n’est pas fait pour vous enfermer dans une case, mais pour révéler votre « ADN ludique » et expliquer pourquoi vous vous lassez de certains jeux.
- Votre « pile de la honte » n’est pas un échec, mais le symptôme d’une consommation de jeux non alignée avec votre profil profond.
- Des comportements comme « skipper » les cinématiques ou préférer le mode « casual » ne sont pas des défauts, mais des expressions légitimes de votre type de joueur.
Recommandation : Utilisez ce test comme un miroir pour comprendre vos motivations et choisir intentionnellement des expériences qui vous nourrissent, plutôt que de suivre la dernière tendance.
Cette pile de jeux qui s’accumule, ce fameux « backlog de la honte », vous la connaissez bien. Des titres acclamés par la critique, recommandés par vos amis, achetés sur un coup de tête lors des soldes… et qui prennent la poussière sur votre disque dur après quelques heures. Vous vous demandez peut-être si le problème vient de vous. Manquez-vous de temps ? De concentration ? Êtes-vous devenu trop exigeant ? Les conseils habituels fusent : « fais une liste », « concentre-toi sur un seul jeu », « force-toi un peu ». Ces approches traitent le symptôme, mais ignorent la cause profonde de votre lassitude.
La vérité est souvent plus subtile et plus personnelle. Et si cette frustration n’était pas liée à un manque de volonté, mais à une méconnaissance de votre propre psychologie de joueur ? C’est ici qu’intervient le test de Bartle, un outil souvent simplifié à l’extrême. On le présente comme un simple questionnaire pour vous coller une étiquette : Tueur, Accomplisseur, Socialiseur, ou Explorateur. Mais sa véritable puissance ne réside pas dans cette classification, mais dans l’introspection qu’elle permet. Il ne s’agit pas de savoir « ce que » vous êtes, mais de comprendre « pourquoi » vous jouez.
Ce modèle, conçu initialement par Richard Bartle pour les jeux en ligne massivement multijoueurs (MUDs), est en réalité une clé de lecture universelle de nos motivations. Il permet de décoder notre ADN ludique. Comprendre votre profil dominant, et même vos profils secondaires, c’est vous donner les moyens de transformer cette frustration en une consommation de jeux intentionnelle et épanouissante. Ce n’est pas un jugement, mais un miroir. Un miroir qui peut expliquer pourquoi vous zappez les dialogues, pourquoi le mode compétitif vous stresse, ou pourquoi un monde ouvert vous fascine plus qu’un scénario linéaire.
Cet article n’est pas un simple guide des quatre profils. C’est une invitation à un voyage introspectif. Nous allons analyser comment votre ADN ludique influence chaque aspect de votre vie de joueur, de la gestion de votre backlog à vos choix dans les jeux d’équipe, pour vous aider à enfin répondre à cette question essentielle : quel genre de jeu est vraiment fait pour vous, ici et maintenant ?
Pour mieux naviguer dans cette exploration de votre psyché de joueur, voici les grands thèmes que nous aborderons. Chaque section est une pièce du puzzle pour vous aider à mieux vous comprendre et, à terme, à mieux jouer.
Sommaire : Décodez votre psychologie de joueur avec le test de Bartle
- Pourquoi le « Backlog » (pile de jeux non finis) n’est pas une honte mais un mode de consommation ?
- Roguelike ou Narratif : comment analyser vos jeux préférés pour trouver le prochain ?
- Quand passer du mode « Tryhard » (compétitif) au mode « Casual » pour sauver sa santé mentale ?
- Skipper les cinématiques : hérésie ou choix légitime de style de jeu ?
- Session longue ou micro-session : quel genre de jeu convient à votre vie actuelle ?
- Entry fragger ou Support : quel rôle correspond vraiment à votre personnalité ?
- Eurogames ou Ameritrash : quel style convient à votre groupe d’amis ?
- Pourquoi négliger le jeu après 30 ans augmente votre stress quotidien ?
Pourquoi le « Backlog » (pile de jeux non finis) n’est pas une honte mais un mode de consommation ?
Le backlog est souvent perçu comme un cimetière de bonnes intentions, une source de culpabilité silencieuse. Chaque icône non cliquée est un rappel d’un investissement – de temps et d’argent – non rentabilisé. Mais il est temps de changer de perspective. Ce n’est pas un échec personnel, mais le symptôme d’un décalage entre vos achats et votre ADN ludique. Dans un pays où, selon une étude du SELL, près de 70% des Français sont des joueurs, ce phénomène est loin d’être isolé. Le problème n’est pas d’acheter des jeux, mais de les acheter pour de mauvaises raisons : la hype, la pression sociale, ou l’image que l’on se fait du « vrai » joueur.
Votre backlog est en réalité une mine d’informations sur vous-même. Les jeux que vous abandonnez rapidement sont souvent ceux qui entrent en « frustration de profil » : ils heurtent vos motivations profondes. Un Explorateur se lassera vite d’un jeu de scoring ultra-linéaire, tandis qu’un Tueur baillera devant des heures de dialogue sans action. Accepter cette réalité est la première étape pour transformer votre pile de la honte en une bibliothèque intentionnelle. Il ne s’agit plus de « devoir » finir un jeu, mais de comprendre pourquoi vous ne le souhaitez pas.
Le modèle de Bartle offre une grille de lecture puissante pour faire le tri. Au lieu de voir une masse informe de titres, vous pouvez commencer à les organiser selon les plaisirs qu’ils sont censés vous procurer. Un jeu peut être excellent, mais s’il ne nourrit pas votre profil dominant, votre cerveau le mettra instinctivement de côté. C’est un mécanisme de protection contre l’ennui. Votre temps est précieux ; votre inconscient le sait et filtre les expériences qui ne sont pas psychologiquement « rentables » pour vous. Le backlog n’est donc pas une dette, mais un historique de vos tentatives d’exploration, un journal de bord de votre quête du plaisir vidéoludique.
En cessant de le voir comme un échec, vous pouvez l’utiliser comme un outil de diagnostic pour affiner vos futurs choix et enfin acheter des jeux auxquels vous jouerez vraiment.
Roguelike ou Narratif : comment analyser vos jeux préférés pour trouver le prochain ?
« J’ai adoré The Witcher 3, quel jeu me conseillez-vous ? » Cette question, fréquente sur les forums, mène souvent à des déceptions. On vous recommandera d’autres RPG en monde ouvert, sans comprendre ce qui, précisément, vous a plu. Était-ce la richesse du lore (Explorateur), la satisfaction de cocher toutes les quêtes (Accomplisseur), l’impact de vos choix sur les personnages (Socialiseur) ou la maîtrise du système de combat (Tueur) ? Se fier au genre est une erreur courante ; la clé est d’analyser les mécaniques de jeu qui activent votre profil.
Un jeu n’est pas un bloc monolithique, mais un assemblage de systèmes conçus pour générer différentes formes de plaisir. La matrice ci-dessous illustre comment des genres aussi opposés que le Roguelike (basé sur la répétition et le défi) et le jeu Narratif (basé sur l’histoire) peuvent en réalité satisfaire le même profil de joueur, mais par des biais différents. C’est la nature de la motivation qui prime sur l’emballage.

Comme cette visualisation le suggère, votre ADN ludique transcende les étiquettes de genre. Un Accomplisseur trouvera autant de satisfaction à gravir les 20 niveaux d’ascension de Slay the Spire qu’à résoudre méticuleusement chaque facette de l’enquête de Disco Elysium. Dans les deux cas, il est nourri par un sentiment de progression mesurable et de maîtrise totale. C’est cette mécanique sous-jacente que vous devez rechercher, pas simplement un « autre Roguelike » ou un « autre jeu d’enquête ».
Pour trouver votre prochain coup de cœur, ne demandez plus « quel jeu ressemble à X ? », mais plutôt « quel jeu me donnera ce même sentiment de… ? ». De découverte, de supériorité, d’accomplissement, de connexion ? Le tableau suivant décompose cette idée en exemples concrets, vous montrant comment chaque profil peut trouver son bonheur dans des univers radicalement différents.
| Profil Bartle | Genre Roguelike | Genre Narratif | Motivation principale |
|---|---|---|---|
| Accomplisseur | Slay the Spire (ascensions) | Disco Elysium (compléter l’enquête) | Progression mesurable |
| Explorateur | Noita (monde destructible) | Outer Wilds (découverte) | Nouveautés à découvrir |
| Socialiseur | Hades (relations PNJ) | Life is Strange (choix sociaux) | Interactions narratives |
| Tueur | Enter the Gungeon (défi) | DOOM Eternal (action) | Défis et compétition |
Cette analyse introspective est votre meilleure boussole dans l’océan de l’offre vidéoludique. Elle vous garantit de viser le cœur de ce qui vous anime, au-delà des apparences.
Quand passer du mode « Tryhard » (compétitif) au mode « Casual » pour sauver sa santé mentale ?
L’injonction à la performance est partout, et le jeu vidéo n’y échappe pas. Le mode « Tryhard », cette quête acharnée de la victoire et du classement, est souvent valorisé. Il correspond parfaitement à l’archétype du Tueur, mais peut devenir une source de stress et d’épuisement pour tous les profils, y compris les Tueurs eux-mêmes, s’il devient l’unique mode de jeu. L’idée n’est pas de diaboliser la compétition, mais de promouvoir une forme d’ « écologie du jeu » : savoir alterner les expériences intenses avec des moments de détente pour préserver son bien-être mental.
Considérer le passage au mode « casual » non pas comme un abandon ou un aveu de faiblesse, mais comme une stratégie de ressourcement est une étape cruciale. C’est l’équivalent du sportif de haut niveau qui pratique le yoga ou la méditation pour équilibrer son entraînement. Cette diversification des pratiques vidéoludiques, ou « cross-training vidéoludique », a des effets bénéfiques mesurables sur la santé mentale.
Étude de cas : L’effet bénéfique du « cross-training vidéoludique »
Une étude japonaise d’envergure menée entre 2020 et 2022 a analysé les habitudes de 97 602 participants. Les résultats sont sans appel : les joueurs qui varient les genres, en alternant par exemple des jeux compétitifs exigeants avec des expériences plus relaxantes, rapportent une meilleure satisfaction de vie et une détresse psychologique moindre. Selon l’analyse, cette pratique est associée à une amélioration du bien-être de 0.1 à 0.6 écart-type, un effet particulièrement notable chez les individus qui maintiennent des sessions de jeu sous la barre des 3 heures par jour. Cela suggère que la modération et la variété sont des facteurs clés pour une pratique saine.
Savoir « redescendre » en mode casual est une compétence. C’est reconnaître les signaux de la frustration de profil : l’irritabilité après une défaite, le sentiment de stagnation, l’impression que jouer est devenu un travail. À ce moment, se tourner vers un jeu d’exploration (pour un Explorateur), un jeu de gestion créatif (pour un Accomplisseur) ou une aventure narrative coopérative (pour un Socialiseur) n’est pas une fuite, mais un acte de gestion de son énergie mentale. C’est choisir consciemment de nourrir une autre facette de son ADN ludique pour mieux revenir, plus tard, à la compétition, si le cœur vous en dit.
L’équilibre n’est pas dans l’abandon de la compétition, mais dans la richesse et la variété de votre diète vidéoludique.
Skipper les cinématiques : hérésie ou choix légitime de style de jeu ?
Pour certains, sauter une cinématique est le péché capital du joueur, un manque de respect pour le travail des développeurs. Pour d’autres, c’est un réflexe, une optimisation du temps de jeu. Cette divergence n’est pas une question de bon ou de mauvais goût, mais une manifestation directe et limpide des profils de Bartle. Comprendre cela permet de déculpabiliser un comportement souvent jugé négativement et de l’accepter comme une simple préférence de « consommation » de l’expérience de jeu.
Le profil le plus enclin à ce comportement est sans conteste le Tueur. Sa motivation première est l’action, la compétition, et l’affirmation de sa supériorité sur les autres joueurs ou sur le système de jeu lui-même. Pour lui, tout ce qui n’est pas du gameplay actif est un obstacle, un temps mort entre deux moments d’intensité. L’histoire est secondaire, un simple prétexte à l’action. Richard Bartle lui-même décrivait cette mentalité avec une clarté redoutable :
Les tueurs veulent voir les autres perdre. Ils sont très compétitifs et la victoire les motive.
– Richard Bartle, LC Academy – Les types de joueur de Bartle pour la gamification
Cette phrase éclaire parfaitement pourquoi une cinématique, aussi belle soit-elle, est perçue comme une interruption. Elle ne contribue pas à la victoire. L’Accomplisseur peut aussi être tenté de skipper, mais pour une autre raison : l’efficacité. S’il cherche à compléter une liste de succès ou à optimiser un « run », les cinématiques sont une perte de temps précieux qui pourrait être alloué à l’atteinte de ses objectifs. À l’inverse, l’Explorateur et le Socialiseur sont les gardiens du temple narratif. Le premier veut s’immerger dans le monde, en comprendre chaque recoin et chaque histoire. Le second est investi dans les relations entre personnages. Pour eux, skipper une cinématique reviendrait à arracher les pages d’un livre.
Il n’y a donc pas d’hérésie, seulement des styles de jeu différents, tous légitimes car tous répondant à une motivation psychologique profonde et distincte.
Session longue ou micro-session : quel genre de jeu convient à votre vie actuelle ?
Le fantasme du joueur, c’est la session de jeu ininterrompue de plusieurs heures, plongé dans un monde vaste et complexe. La réalité, surtout après 30 ans, est souvent faite de créneaux plus courts, arrachés entre le travail, la vie de famille et les obligations sociales. Tenter de faire rentrer de force un RPG de 100 heures dans des sessions de 20 minutes est la recette parfaite pour la frustration. Adapter sa diète vidéoludique à son rythme de vie est aussi important que de la choisir en fonction de son profil. Heureusement, le marché offre aujourd’hui des expériences adaptées à chaque temporalité.
Le joueur français moyen consacre en moyenne 5 heures et 52 minutes par semaine au jeu vidéo, soit environ 50 minutes par jour. Cette moyenne cache de grandes disparités, mais elle indique une tendance : les micro-sessions deviennent une norme. La clé est de trouver des jeux dont la « boucle de gameplay » est satisfaisante sur une courte durée. Un Tueur avec 15 minutes devant lui sera comblé par un match rapide sur Rocket League. Un Accomplisseur pourra débloquer quelques succès sur Vampire Survivors. Un Explorateur pourra scanner une nouvelle planète dans No Man’s Sky. Un Socialiseur pourra gérer son île et saluer ses voisins dans Animal Crossing.
L’erreur est de croire qu’un temps de jeu limité interdit les expériences profondes. Il s’agit de segmenter l’expérience. Un jeu narratif peut être consommé chapitre par chapitre, comme une série TV. Un monde ouvert peut être exploré zone par zone. L’important est que chaque session, même courte, offre un sentiment de clôture, d’avoir accompli ou découvert quelque chose. Voici quelques pistes pour aligner type de jeu, profil et temps disponible :
- Accomplisseur (15 min) : Une partie de Vampire Survivors, débloquer un succès facile, optimiser son équipement.
- Explorateur (15 min) : Lire quelques pages du codex, explorer une petite grotte, écouter les dialogues d’une ville.
- Socialiseur (15 min) : Gérer sa guilde, échanger avec des amis en ligne, s’occuper de son personnage dans un jeu « cozy ».
- Tueur (15 min) : Un match en ligne, s’entraîner sur un combo dans un jeu de combat.
- Sessions de 30-60 min : Parfaites pour une quête principale, un donjon, ou quelques manches d’un jeu compétitif.
- Sessions de 2h+ : Réservées aux week-ends ou aux soirées calmes, idéales pour une immersion narrative profonde ou des sessions de raid en équipe.
C’est une condition essentielle pour maintenir une pratique du jeu vidéo saine et gratifiante sur le long terme, sans qu’elle n’empiète sur le reste de votre vie.
Entry fragger ou Support : quel rôle correspond vraiment à votre personnalité ?
Dans l’univers des jeux d’équipe, que ce soit sur League of Legends, Valorant ou Overwatch, le choix d’un rôle n’est jamais anodin. Il est souvent le reflet direct de notre ADN ludique. Vous êtes-vous déjà senti à contre-emploi, forcé de jouer un rôle de soutien alors que votre instinct vous pousse à foncer dans le tas ? Ou à l’inverse, angoissé à l’idée d’être en première ligne ? Ces sentiments sont des signaux de votre profil Bartle qui tente de s’exprimer.
L’analyse des rôles en jeu à travers le prisme de Bartle est extrêmement révélatrice. Les profils ne dictent pas seulement les jeux que nous aimons, mais aussi *comment* nous aimons y jouer, surtout en interaction avec les autres. L’adéquation entre le profil et le rôle est un facteur de performance et de plaisir. Un joueur en harmonie avec son rôle sera plus efficace, plus communicatif et moins sujet au « tilt ».
Étude de cas : Corrélation entre profils Bartle et rôles en équipe
Une analyse de la typologie de Bartle appliquée aux dynamiques d’équipe a montré des corrélations fortes. On estime que 80% des joueurs au profil Explorateur dominant excellent dans des rôles de stratège ou de leader en jeu (IGL), grâce à leur vision globale et leur capacité à penser « out of the box ». Les Socialiseurs, centrés sur l’interaction et l’harmonie du groupe, sont des Supports naturels. Sans surprise, les Tueurs dominent les positions d’agression directe comme « Entry Fragger ». Le profil le plus fascinant reste l’Accomplisseur, qui, mû par l’objectif de victoire, démontre une incroyable capacité d’adaptation et peut endosser n’importe quel rôle (« Flex ») si cela sert l’équipe.
Ce mapping n’est pas une fatalité, mais une grille de lecture de vos prédispositions. Il n’y a pas de « meilleur » profil ; une équipe équilibrée a besoin de chaque type de joueur pour fonctionner. Le Tueur ouvre la voie, l’Explorateur planifie la stratégie, le Socialiseur maintient l’équipe en vie et soudée, et l’Accomplisseur comble les lacunes pour assurer la victoire. Le tableau suivant synthétise ces correspondances naturelles.
| Profil Bartle | Rôle principal | Rôle secondaire | Forces clés |
|---|---|---|---|
| Tueur | Entry Fragger | Duelliste | Agressivité, réflexes |
| Socialiseur | Support | Médiateur d’équipe | Communication, empathie |
| Accomplisseur | IGL/Capitaine | Flex | Focus victoire, adaptabilité |
| Explorateur | Stratège | Analyste | Vision globale, créativité |
Cela vous permettra non seulement de prendre plus de plaisir, mais aussi de devenir un meilleur coéquipier en jouant sur vos points forts innés.
Eurogames ou Ameritrash : quel style convient à votre groupe d’amis ?
La psychologie des joueurs ne s’arrête pas aux écrans. Elle s’applique avec une pertinence tout aussi grande au monde des jeux de société, un domaine souvent vu comme le pendant analogique du jeu vidéo. Comprendre la composition des profils Bartle de votre groupe d’amis peut littéralement sauver vos soirées jeux. Combien de fois une partie de Monopoly s’est-elle terminée en drame familial ? Ou une partie de Agricola dans un silence pesant d’ennui ? Ces échecs sont souvent dus à un mauvais casting : le jeu ne correspondait pas à l’ADN ludique du groupe.
On oppose traditionnellement deux grandes familles de jeux de société : les Eurogames (jeux « à l’allemande ») et les Ameritrash (jeux « à l’américaine »). Cette distinction recoupe de manière fascinante la typologie de Bartle. – Les Eurogames (ex: Catan, Wingspan) sont des jeux d’optimisation, de gestion de ressources, avec peu de hasard et d’interaction directe. Ils sont le terrain de jeu idéal des Accomplisseurs (qui cherchent le score parfait) et des Explorateurs (qui aiment découvrir les meilleures stratégies et synergies). – L’Ameritrash (ex: Risk, Zombicide) met l’accent sur le thème, la narration, le hasard (lancers de dés) et l’interaction directe, voire le conflit. C’est le royaume des Tueurs (qui veulent éliminer les autres) et des Socialiseurs (qui apprécient les rebondissements, les négociations et l’ambiance partagée).
Proposer un Eurogame pur à un groupe de Tueurs et de Socialiseurs est la garantie d’une soirée morne. Inversement, un jeu de conquête et de trahison peut créer de réelles tensions dans un groupe d’Accomplisseurs pacifiques. La solution réside dans l’analyse de votre groupe et le choix conscient du style de jeu, ou l’orientation vers des jeux « hybrides » (comme Scythe ou Root) qui parviennent à satisfaire plusieurs profils simultanément.
Votre plan d’action pour une soirée jeux réussie
- Analyse du groupe : Faites passer (discrètement ou non) le test de Bartle à vos amis pour identifier les profils dominants. Est-ce un groupe de stratèges ou de bagarreurs ?
- Choix du style : Si votre groupe est majoritairement composé de Tueurs/Socialiseurs, privilégiez un jeu Ameritrash avec du conflit, du bluff et de la narration forte.
- Optimisation et stratégie : Si les Accomplisseurs/Explorateurs sont en force, optez pour un Eurogame où chacun peut optimiser son moteur de jeu sans confrontation directe.
- La voie du milieu : En cas de groupe hétérogène, les jeux hybrides comme Scythe, Root ou Wingspan sont d’excellents compromis, offrant des pistes de satisfaction pour chaque profil.
- La question magique : Avant de choisir, posez la question qui résume tout : « Ce soir, on veut optimiser des cubes en bois ou se faire des crasses entre amis ? ». La réponse orientera immédiatement votre choix.
Cela montre que le respect des préférences de chacun est la base d’une expérience partagée réussie, que ce soit autour d’un écran ou d’un plateau en carton.
À retenir
- Votre profil de joueur (ADN ludique) est la clé pour comprendre pourquoi certains jeux vous ennuient, malgré leur popularité.
- Analyser les mécaniques de jeu est plus important que de se fier au genre. Cherchez ce qui nourrit votre motivation profonde (compétition, exploration, accomplissement, socialisation).
- Équilibrer les types de jeux (votre « diète vidéoludique ») et adapter la durée de vos sessions à votre vie actuelle est essentiel pour éviter le burnout et la frustration.
Pourquoi négliger le jeu après 30 ans augmente votre stress quotidien ?
Avec l’âge adulte viennent les responsabilités. Le temps consacré au jeu est souvent le premier à être sacrifié sur l’autel de la productivité et des obligations. On le perçoit comme une activité futile, une perte de temps qu’on ne peut plus se permettre. C’est une erreur fondamentale de jugement qui peut avoir un impact direct sur notre niveau de stress et notre bien-être général. Jouer n’est pas l’opposé du travail ; c’est son complément indispensable, une forme de ressourcement psychologique aussi vitale que le sommeil ou l’exercice physique.
Ne pas jouer, c’est se priver d’un exutoire puissant et d’un espace de liberté cognitive. Comme le souligne le Dr Hiroyuki Egami, un des auteurs de l’étude japonaise sur le bien-être, cette activité est une nécessité.
Jouer, c’est s’engager dans son mode cognitif préféré. Ne pas le faire, c’est se priver d’une source de ressourcement psychologique aussi essentielle que le sport ou la lecture.
– Dr Hiroyuki Egami, Nature Human Behavior
Chaque profil Bartle trouve dans le jeu une forme de « méditation numérique » qui répond à ses besoins profonds et contrebalance les frustrations du quotidien. Une étude récente a d’ailleurs mis en lumière comment les jeux en monde ouvert, en particulier, agissent comme un outil thérapeutique efficace contre le stress et l’anxiété chez les adultes.
Étude de cas : Les jeux comme outil de « méditation numérique »
Une étude publiée en 2025 révèle que le jeu vidéo offre une évasion cognitive particulièrement bénéfique. Pour l’Explorateur, se perdre dans un monde virtuel est une forme de pleine conscience. Pour le Socialiseur, maintenir des liens sociaux via le jeu combat l’isolement. Pour le Tueur, le jeu est un exutoire sain à l’agressivité et à la compétition, souvent bridées dans le monde professionnel. Enfin, pour l’Accomplisseur, obtenir des récompenses claires et des succès mesurables est une « bouffée de dopamine » qui contre l’ambiguïté et le manque de retours directs de nombreux métiers. Chaque profil utilise le jeu pour recharger des batteries mentales spécifiques.
Négliger le jeu, c’est donc fermer une soupape de sécurité essentielle. C’est accumuler le stress professionnel et personnel sans lui offrir de canal de sortie. Les quelques heures que vous « gagnez » en ne jouant pas, vous les perdez en efficacité, en créativité et en patience le lendemain. Le jeu n’est pas un luxe d’adolescent, mais un outil de maintenance de la santé mentale de l’adulte.
Intégrer consciemment des sessions de jeu adaptées à votre profil et à votre emploi du temps n’est pas de l’égoïsme, c’est un investissement stratégique dans votre propre bien-être.
Questions fréquentes sur la typologie de Bartle
Un joueur ‘Tueur’ devrait-il regarder les cinématiques ?
En général, non. Les profils ‘Tueur’ cherchent avant tout l’efficacité, l’action et la compétition. Passer les cinématiques leur permet d’optimiser leur temps de jeu actif et d’aller directement au cœur de ce qui les motive : le défi et la victoire.
Les ‘Explorateurs’ apprécient-ils les cinématiques ?
Oui, énormément. Les ‘Explorateurs’ sont motivés par la découverte du monde, son histoire (lore) et ses secrets. Les cinématiques sont une source d’information et d’immersion cruciale qui enrichit considérablement leur expérience de jeu.
Peut-on changer d’approche selon le contexte ?
Absolument. Les profils Bartle ne sont pas des prisons. Un même joueur peut adopter des comportements différents selon son objectif. Par exemple, il peut sauter toutes les cinématiques lors d’un « speedrun » (comportement typique de l’Accomplisseur) mais les regarder attentivement lors de sa toute première partie pour découvrir l’univers (comportement d’Explorateur).