Publié le 11 mars 2024

L’efficacité d’un objet anti-stress (fidget) ne dépend pas de l’objet lui-même, mais de l’adéquation précise entre ses propriétés sensorielles et le besoin neurologique de l’utilisateur.

  • Leur mécanisme principal consiste à fournir un exutoire moteur de faible intensité qui libère des ressources cognitives pour les tâches complexes, comme l’écoute ou la réflexion.
  • Le choix de la texture (métal, silicone, bois) et du mouvement (rotation, clic, pliage) est un acte stratégique qui doit correspondre à un type d’anxiété ou un besoin de concentration spécifique.

Recommandation : Avant tout achat, analysez votre environnement de travail et votre profil sensoriel pour définir le « cahier des charges » de votre outil de concentration idéal.

Le cliquetis incessant d’un stylo, le tapotement des doigts sur le bureau, le besoin irrépressible de faire tourner un objet entre ses mains… Ces gestes, souvent perçus comme des signes de nervosité ou d’inattention, sont en réalité des manifestations d’un besoin fondamental du cerveau pour se concentrer. Pour de nombreux adultes, en particulier ceux présentant un TDAH ou une hypersensibilité, le mouvement n’est pas l’ennemi de la concentration ; il en est le carburant. Dans ce contexte, le marché a vu exploser l’offre de « fidget toys », des objets anti-stress initialement conçus pour les enfants.

Cependant, l’approche commune qui consiste à les considérer comme de simples « jouets » ou gadgets est une erreur fondamentale qui mène souvent à l’inefficacité, voire à l’effet inverse. La plupart des conseils se limitent à des listes de produits populaires, ignorant la complexité du mécanisme en jeu. Mais si la véritable clé n’était pas de trouver le « meilleur » fidget, mais de comprendre son propre système nerveux pour choisir l’outil le plus adapté ? Si l’objet n’était qu’un instrument au service d’une stratégie plus large d’auto-régulation neurologique ?

Cet article adopte une perspective d’ergothérapeute du travail pour aller au-delà de la surface. Nous n’allons pas simplement lister des produits, mais nous allons décortiquer la science qui explique pourquoi et comment ces outils fonctionnent. Nous établirons des protocoles pour choisir la texture et le mouvement adaptés à votre profil, nous identifierons les pièges qui rendent un fidget contre-productif et nous transformerons son usage en une compétence au service de votre productivité. Il est temps de voir le fidget non plus comme un passe-temps, mais comme un instrument de précision pour votre cerveau.

Pour naviguer efficacement à travers cette analyse approfondie, ce guide est structuré en plusieurs sections clés. Chacune aborde un aspect essentiel pour vous permettre de maîtriser l’art et la science de l’utilisation des fidgets dans un cadre professionnel.

Hand Spinner ou Cube infini : quel objet est discret et silencieux pour l’Open Space ?

Le choix d’un fidget pour un environnement de travail partagé comme un open space ne se base pas sur sa popularité, mais sur un cahier des charges strict : discrétion sonore et visuelle. L’objectif est de fournir un exutoire moteur sans générer de distraction pour soi-même ou pour ses collègues. Un objet efficace doit pouvoir être manipulé presque inconsciemment, souvent d’une seule main, sans détourner le regard de l’écran ou l’attention d’une conversation. Le Hand Spinner, par exemple, malgré son succès initial, est souvent un mauvais candidat : son mouvement rotatif est visuellement distrayant et son utilisation requiert généralement deux mains, le transformant en activité principale plutôt qu’en soutien.

À l’inverse, des objets comme le Cube Infini se distinguent par leur excellence en milieu professionnel. Son mécanisme de pliage continu est totalement silencieux et peut être opéré d’une seule main, sous le bureau ou pendant une réunion, sans attirer l’attention. Son acceptabilité sociale est bien plus élevée car il n’est pas perçu comme un « jouet » mais comme un objet de manipulation sobre. Le Fidget Cube classique présente un compromis : certains de ses côtés sont silencieux (glisser, tourner) tandis que d’autres sont audibles (cliquer). Il nécessite donc une utilisation consciente pour ne pas devenir une source de nuisance sonore.

Pour systématiser ce choix, il est essentiel d’évaluer chaque option selon des critères objectifs. Le tableau suivant compare les fidgets les plus courants sur les aspects les plus pertinents pour un usage en open space.

Comparatif des fidgets pour l’open space
Critère Hand Spinner Cube Infini Cube Fidget
Niveau sonore Léger roulement Silencieux Variable (clics)
Discrétion visuelle Faible (mouvement rotatif) Élevée (pliage compact) Moyenne
Utilisation une main Non (2 mains) Oui Oui
Acceptabilité sociale Moyenne Élevée Élevée
Prix moyen 10-25€ 15-30€ 12-25€

Un autre excellent choix discret est la bague anti-stress. Choisie légèrement plus grande que la taille habituelle du doigt, elle permet une rotation fluide et silencieuse. C’est un outil particulièrement efficace car il est à la fois un bijou et un fidget, garantissant une discrétion maximale. En fin de compte, l’outil idéal est celui qui s’intègre à votre flux de travail sans jamais en devenir le centre.

Pourquoi occuper vos mains libère-t-il une partie de votre cerveau pour l’écoute ?

L’idée qu’occuper ses mains puisse améliorer la concentration semble contre-intuitive. Pourtant, d’un point de vue neurologique, ce mécanisme est parfaitement logique. Il repose sur le principe de la charge cognitive et de l’auto-régulation sensorielle. Le cerveau, en particulier celui des personnes avec un TDAH, a un besoin constant de stimulation. En l’absence d’un canal de décharge motrice, cette recherche de stimulation peut se manifester par des distractions internes (pensées vagabondes) ou externes (regarder par la fenêtre, consulter son téléphone). Le fait de « fidgeter » fournit au système nerveux une tâche motrice simple, répétitive et de faible intensité.

Cette activité motrice agit comme un « bruit de fond » contrôlé qui satisfait le besoin de mouvement du cerveau. En canalisant cette énergie, on empêche l’esprit de partir à la recherche de distractions plus importantes et plus perturbatrices. Cela libère des ressources cognitives précieuses, notamment au niveau du cortex préfrontal, la zone responsable des fonctions exécutives comme la planification, la prise de décision et le maintien de l’attention. En d’autres termes, en donnant à vos mains une tâche simple à accomplir, vous permettez à votre « processeur central » de se consacrer pleinement à la tâche principale, qu’il s’agisse d’écouter en réunion, de lire un document complexe ou de résoudre un problème.

Cette corrélation est soutenue par la recherche. Par exemple, une étude de l’UC Davis MIND Institute en 2015 a observé des enfants et adolescents TDAH, montrant une corrélation directe entre l’intensité du mouvement et l’amélioration des performances lors de tests cognitifs. Le mouvement n’est donc pas un signe d’inattention, mais une stratégie inconsciente pour l’atteindre.

Illustration symbolique du cerveau avec connexions neuronales et mains en mouvement

Comme cette illustration le suggère métaphoriquement, il existe un dialogue constant entre le corps et l’esprit. Fournir un exutoire moteur aux mains permet d’optimiser les « voies neuronales » dédiées à la concentration. Le fidget devient un régulateur qui aide à maintenir l’équilibre délicat entre sous-stimulation (ennui, distraction) et sur-stimulation (anxiété, surcharge), créant ainsi les conditions optimales pour un état de « flow » et de concentration profonde.

Comment créer une balle sensorielle durable avec des ballons et de la farine ?

Fabriquer sa propre balle anti-stress n’est pas seulement une activité économique, c’est aussi une démarche thérapeutique en soi qui permet de personnaliser entièrement l’outil selon ses préférences sensorielles. Une balle sensorielle efficace doit être à la fois durable et offrir un feedback tactile satisfaisant. L’utilisation de deux ballons de baudruche est la clé de la durabilité, tandis que le choix du matériau de remplissage définit la sensation.

La méthode de fabrication la plus fiable utilise une bouteille en plastique vide comme outil de remplissage. Cela permet un transfert propre et contrôlé du matériau dans le ballon, évitant les dégâts et assurant un remplissage homogène. Voici les étapes détaillées pour créer une balle sensorielle de qualité professionnelle :

  1. Préparation : Remplissez une bouteille d’eau vide et sèche aux trois quarts avec le matériau de votre choix (par exemple, de la farine) à l’aide d’un entonnoir. Gonflez légèrement un premier ballon de baudruche puis dégonflez-le pour l’assouplir, et placez son ouverture sur le goulot de la bouteille.
  2. Remplissage : Retournez la bouteille en maintenant fermement le ballon sur le goulot. Pressez la bouteille pour faire passer la farine dans le ballon jusqu’à obtenir la taille et la fermeté désirées.
  3. Finition et Sécurisation : Retirez délicatement le ballon de la bouteille. Pincez l’ouverture et malaxez doucement la balle pour chasser tout l’air restant à l’intérieur. Une fois l’air évacué, faites un nœud solide ou coupez simplement l’embout du ballon à ras.
  4. Double Protection : Prenez un second ballon et coupez son embout. Enfilez ce second ballon par-dessus le premier, comme une chaussette, en vous assurant de couvrir le nœud ou l’extrémité coupée. Cette double couche est essentielle pour prévenir les fuites et garantir la longévité de la balle.

Le choix du matériau de remplissage est crucial et doit correspondre à la sensation recherchée. Chaque matériau offre un type de feedback proprioceptif distinct, qui peut être plus ou moins apaisant ou stimulant selon l’individu.

Guide des matériaux de remplissage et leurs textures
Matériau Texture Résistance Sensation Durabilité
Farine Douce et malléable Faible Souple, apaisante 3-6 mois
Riz Granuleuse Moyenne Stimulante, croquante 6-12 mois
Semoule Moyennement granuleuse Moyenne Moelleuse, équilibrée 4-8 mois
Sel Fine et compacte Élevée Ferme, tonifiante 12+ mois
Sable kinétique Fluide et modelable Variable Unique, satisfaisante 6-9 mois

En suivant ce protocole détaillé, issu des meilleures pratiques d’ateliers créatifs et disponible sur des sites de référence comme le guide de fabrication de 10doigts.fr, vous ne créez pas seulement un objet, mais un véritable outil d’auto-régulation sur mesure. Pour un équilibre parfait, n’hésitez pas à expérimenter avec des mélanges, comme farine et riz, pour combiner souplesse et stimulation granuleuse.

Le piège de jouer au lieu de travailler : quand le Fidget devient-il contre-productif ?

L’efficacité d’un fidget repose sur un paradoxe : il doit être suffisamment engageant pour canaliser le besoin de mouvement, mais pas assez intéressant pour capter l’attention consciente. Le point de bascule est subtil. Un fidget devient contre-productif dès qu’il passe du statut d’outil d’arrière-plan à celui d’objet d’intérêt principal. C’est le piège fondamental dans lequel tombent de nombreux utilisateurs, transformant un potentiel allié de la concentration en une source de distraction supplémentaire.

Le problème vient souvent d’un mauvais choix d’objet. Les fidgets qui intègrent des éléments ludiques, des lumières, des sons complexes ou un objectif à atteindre (comme un puzzle) sont les principaux coupables. Comme le souligne l’équipe d’experts de LeoBelo, il faut « éviter absolument les fidget spinners et objets lumineux qui peuvent aggraver la distractibilité ». Un bon outil de travail se doit d’être simple, silencieux, et de privilégier la stimulation tactile pure.

Il faut privilégier stimulation tactile pure, silence, discrétion, simplicité. Éviter absolument les fidget spinners et objets lumineux qui peuvent aggraver la distractibilité. Surveillance nécessaire pour éviter usage excessif et dépendance psychologique.

– Équipe LeoBelo, Guide des Fidget Toys et TDAH 2025

L’enjeu est de rester dans une utilisation passive et subconsciente. Des études confirment que le bon usage a un impact mesurable. Par exemple, selon une étude de l’Université de Californie Davis sur l’efficacité des fidgets, une amélioration de 27% de la mémoire de travail a été démontrée chez les enfants TDAH utilisant des outils « appropriés ». Cela souligne que l’efficacité est conditionnée au bon choix et au bon usage. Pour savoir si votre fidget est devenu un ennemi, un audit régulier de son utilisation est nécessaire.

Plan d’action : Votre checklist pour un usage productif du fidget

  1. Définir l’intention : Avant chaque utilisation, rappelez-vous l’objectif. Le fidget est-il un outil pour écouter en réunion (passif) ou une récompense après une tâche (actif) ?
  2. Surveiller le contact visuel : Si votre regard se porte sur le fidget plus de quelques secondes, c’est un signal d’alarme. L’outil doit rester dans le champ kinesthésique, pas visuel.
  3. Analyser la complexité : Le fidget vous pousse-t-il à « résoudre » quelque chose ou à atteindre un « meilleur score » ? Si oui, il est trop complexe et active les mauvaises zones du cerveau.
  4. Évaluer l’impact social : Votre fidget devient-il un sujet de conversation ? Attire-t-il l’attention ou les questions de vos collègues ? Si oui, il n’est pas assez discret pour votre environnement.
  5. Mesurer la performance : L’indicateur ultime reste votre productivité. Si vos performances diminuent malgré l’utilisation de l’objet, il est temps de le remettre en question ou de changer de modèle.

Métal froid ou silicone doux : quelle texture pour caler votre type d’anxiété ?

Tous les fidgets ne se valent pas face à l’anxiété. Le choix du matériau n’est pas une question esthétique, mais une décision stratégique qui doit correspondre à la nature de l’état anxieux que l’on cherche à réguler. La texture et la température d’un objet interagissent directement avec notre système nerveux pour produire des effets très différents. Il est donc possible d’établir une correspondance entre un type de stress et un matériau de fidget, transformant l’objet en une véritable prescription sensorielle.

Le métal froid et lourd (acier, titane) est particulièrement efficace contre le stress aigu ou les montées de panique. Le contact avec une surface froide et dense produit un effet de « grounding » (ancrage). Cette sensation intense et immédiate force le cerveau à se reconnecter au moment présent et aux sensations physiques, court-circuitant les boucles de pensées anxieuses. Les fidget sliders en métal ou les cubes métalliques sont d’excellents outils pour ces moments de crise. À l’opposé, le silicone doux et malléable est idéal pour gérer une anxiété flottante et continue. Sa texture souple et agréable invite à une manipulation douce et répétitive, favorisant une auto-régulation progressive et apaisante, sans pic de stimulation.

L’efficacité de cette approche personnalisée est validée par l’expérience sur le terrain, comme le prouve le cas de Léo. Ce témoignage illustre parfaitement comment le bon outil peut changer la donne :

Étude de cas : Impact de la sélection d’un fidget adapté

Après 6 mois d’utilisation de cubes fidget spécifiquement recommandés par un ergothérapeute, les parents de Léo ont observé une amélioration spectaculaire de sa capacité de concentration, passant de 5 minutes à près de 20 minutes d’affilée. De même, Théo, 9 ans avec un TDAH sévère, a pu accomplir 30 minutes de devoirs en autonomie après seulement deux semaines d’utilisation d’une balle anti-stress adaptée, un résultat auparavant inatteignable.

Pour affiner votre choix, il convient de cartographier les différents types de stress et les matériaux qui y répondent le mieux, comme le propose le guide expert de Hop’Toys.

Guide des matériaux de fidgets selon le type de stress
Type d’anxiété Matériau recommandé Propriétés Exemples de fidgets
Stress aigu / Panique Métal froid Effet ‘grounding’ immédiat, ancrage sensoriel Fidget slider métal, cube métallique
Anxiété flottante Silicone doux Auto-régulation continue, apaisement progressif Balle NeeDoh, pierres sensorielles
Ruminations Textures complexes Détourne l’attention des pensées obsédantes Fidget à picots, surfaces moletées
Nervosité générale Bois naturel Réconfort par la chaleur, connexion naturelle Tangles en bois, perles naturelles
Surcharge sensorielle Surfaces lisses Accompagne l’état de flow sans surstimulation Galets lisses, sliders magnétiques

Pourquoi le contact avec la matière réduit-il l’anxiété chez les hypersensibles ?

Pour les personnes hypersensibles ou sur le spectre de l’autisme, le monde peut être un flot incessant et écrasant d’informations sensorielles. Dans ce contexte, le « stimming » (comportement d’auto-stimulation) et l’utilisation de fidgets ne sont pas des caprices, mais des stratégies d’autorégulation essentielles pour survivre et fonctionner. Le contact physique avec une matière, une texture ou un objet procure un point d’ancrage stable et prévisible dans un environnement perçu comme chaotique. C’est un moyen de reprendre le contrôle sur son propre système sensoriel.

Le mécanisme est double. D’une part, se concentrer sur une sensation tactile unique et contrôlée (la douceur d’un galet, la rugosité d’une surface texturée) permet de filtrer le bruit sensoriel ambiant. Le cerveau, en se focalisant sur cet input simple, peut ignorer les stimuli plus agressifs ou déroutants (lumières vives, sons multiples, etc.). D’autre part, le mouvement répétitif associé au fidgeting aide à décharger un trop-plein d’énergie nerveuse ou d’anxiété accumulée face à une situation de surcharge. C’est un exutoire moteur qui prévient une « explosion » émotionnelle. Cette fonction est confirmée par la science, comme le montre une recherche sur les stéréotypies et l’anxiété chez les personnes autistes, qui a conclu que le stimming aide à organiser les pensées et à se réguler en situation de surcharge.

L’experte Christelle, citée sur le blog de Hop’Toys, insiste sur l’importance de cette approche en tant qu’aide à la concentration :

Ces petits objets sont une aide pour focaliser l’attention en proposant un exutoire moteur aux tensions et désirs de mouvement. Il est important de varier les textures, les tailles, et les modes d’utilisation (appuyer, tourner, gratter).

– Christelle, Blog Hop’Toys – Formation méthode Barkley

Pour un individu hypersensible au bureau, cela se traduit par la création d’un « kit de survie sensoriel ». Il ne s’agit pas d’avoir un seul fidget, mais une petite collection d’objets aux textures variées pour répondre à différents besoins. Par exemple :

  • Une pierre sensorielle lisse pour les moments nécessitant du calme et un recentrage doux.
  • Un fidget à picots ou à surface moletée pour les moments de forte anxiété ou de rumination, afin de fournir un input sensoriel suffisamment fort pour « casser » la boucle de pensée.
  • Un objet permettant un mouvement continu et prévisible (comme une bille dans un rail) pour accompagner les tâches longues et maintenir un état de flow.

En somme, le contact avec la matière permet de transformer un état de victime passive de son environnement en un état d’acteur actif de sa propre régulation sensorielle.

Rouge, Bleu ou Marron : quel switch choisir selon que vous jouez ou écrivez ?

Pour de nombreux professionnels travaillant sur ordinateur, le clavier mécanique est devenu bien plus qu’un simple périphérique de saisie. C’est aussi, de manière souvent inconsciente, un fidget de premier ordre. Chaque touche est un mécanisme indépendant (un « switch ») offrant un feedback tactile et sonore unique. Le choix du type de switch dépasse donc la simple préférence de frappe pour devenir une décision d’ergonomie sensorielle. Choisir entre un switch Rouge, Bleu ou Marron, c’est choisir le type de stimulation qui accompagnera ses journées de travail ou de jeu.

Les trois grandes familles de switches offrent des expériences radicalement différentes :

  • Les switches Bleus (Clicky) sont les plus expressifs. Ils offrent une « bosse » tactile très marquée à mi-course, accompagnée d’un « clic » audible. Ce double feedback procure une grande satisfaction et une validation claire de chaque frappe. Cependant, leur volume sonore les rend totalement inadaptés aux open spaces. Comme fidget, ils sont très satisfaisants mais peu discrets.
  • Les switches Rouges (Linéaires) sont à l’opposé. Leur course est fluide, linéaire et sans aucune bosse tactile ou clic. Ils sont silencieux et rapides, privilégiés par les gamers pour leur réactivité. Comme fidget, leur mouvement continu est apaisant et ultra-discret.
  • Les switches Marrons (Tactiles) représentent le juste milieu. Ils possèdent la bosse tactile du switch Bleu, mais sans le clic sonore. Ils offrent un feedback discret mais présent, ce qui en fait un excellent choix pour la frappe en environnement de bureau. C’est souvent le meilleur compromis pour un usage mixte travail/fidget.

Des « switch testers », petits porte-clés équipés de quelques switches différents, sont même devenus des fidgets à part entière, notamment dans le milieu des développeurs informatiques.

Étude de cas : Le switch tester comme fidget pour les métiers de la tech

Conçus à l’origine pour permettre aux utilisateurs de tester la sensation de différents switches avant d’acheter un clavier, les « switch testers » portables sont devenus des outils de concentration prisés. Ces petits boîtiers à 4 ou 6 touches, souvent « hotswappables » (permettant de changer les switches à la volée), offrent une variété de feedbacks tactiles dans un format compact. Ils permettent aux développeurs et autres professionnels de l’informatique de satisfaire leur besoin de stimulation tactile de manière discrète et pertinente par rapport à leur domaine d’activité.

Le choix final dépend de l’équilibre recherché entre satisfaction personnelle et contraintes environnementales, comme le résume ce tableau.

Guide des switches mécaniques comme fidgets
Type de Switch Caractéristique Son Usage optimal Effet fidget
Bleu (Clicky) Retour tactile fort + clic audible Fort ‘clic’ Validation consciente, rythme de frappe Satisfaction maximale, peut déranger
Rouge (Linéaire) Mouvement fluide sans résistance Silencieux Frappe rapide, gaming Mouvement continu apaisant
Marron (Tactile) Bosse tactile sans clic Modéré Équilibre frappe/retour Feedback discret, usage bureau
Silent Amortisseurs intégrés Très silencieux Open space, nuit Fidget ultra-discret

À retenir

  • Les objets anti-stress sont des outils de régulation neurologique qui fonctionnent en fournissant un exutoire moteur de faible intensité, libérant ainsi des ressources cognitives pour les tâches principales.
  • L’efficacité d’un fidget dépend de l’adéquation entre ses propriétés (texture, résistance, mouvement) et le besoin sensoriel spécifique de l’utilisateur dans un contexte donné (stress, concentration, surcharge).
  • Un fidget doit rester un outil d’arrière-plan. S’il devient le centre de l’attention visuelle ou cognitive, il devient contre-productif et se transforme en distraction. La simplicité et la discrétion sont primordiales.

Comment transformer vos corvées administratives en quêtes gratifiantes ?

Les tâches administratives, répétitives et souvent peu stimulantes, représentent un défi majeur pour le maintien de la concentration. C’est ici que l’utilisation des fidgets peut être transformée en une véritable stratégie de « gamification » (ou ludification) du travail. L’idée est d’associer l’outil non plus seulement à un besoin de mouvement, mais à un système de progression et de récompense, transformant une corvée en une série de mini-quêtes.

Plutôt que de manipuler passivement un objet, on lui assigne un rôle actif dans le processus de travail. Par exemple, un fidget de type « clicker » peut devenir un compteur de tâches. Chaque e-mail traité, chaque ligne de tableur remplie, chaque dossier classé peut être validé par un « clic ». Ce geste simple a un double effet : il fournit le feedback moteur nécessaire à la concentration et matérialise la progression de manière tangible et satisfaisante, libérant une petite dose de dopamine à chaque accomplissement.

Pour mettre en place un système de gamification efficace avec des fidgets, on peut suivre une approche structurée :

  • Créer un rituel de lancement : Utiliser un fidget spécifique pendant une ou deux minutes pour signaler au cerveau le début d’une session de travail concentré sur une tâche difficile. Cela crée un conditionnement positif.
  • Définir des jalons : Établir des objectifs clairs. Par exemple, tous les 10 clics sur le compteur (soit 10 tâches accomplies), on s’autorise une pause de deux minutes avec un fidget différent, particulièrement satisfaisant, qui agit comme une récompense.
  • Associer l’outil à la difficulté : Introduire le fidget spécifiquement pendant les moments les plus rébarbatifs ou les plus exigeants de la tâche pour surmonter le pic de résistance initial.
  • Visualiser la progression : Utiliser des jetons ou de petits objets que l’on déplace d’un côté à l’autre du bureau à chaque jalon atteint, en complément du fidget clicker, pour rendre le progrès encore plus visible.
Bureau épuré avec système d'organisation et fidgets intégrés

Cette approche, en structurant l’environnement et le processus de travail, transforme le bureau en un véritable « tableau de jeu ». Le fidget n’est plus un simple objet anti-stress, mais une pièce maîtresse d’un système conçu pour pirater notre propre cerveau et le rendre plus performant face aux tâches les moins gratifiantes. C’est l’ultime étape de la maîtrise du fidget : passer de l’outil de régulation passive à l’instrument de motivation active.

En appliquant ces principes, vous pouvez transformer les tâches les plus ardues en un système de progression motivant, rendant chaque journée de travail plus productive et moins pénible.

Maintenant que vous comprenez les mécanismes, les critères de choix et les stratégies d’intégration, l’étape suivante consiste à réaliser un auto-diagnostic de vos propres besoins sensoriels et de votre environnement de travail pour identifier l’outil qui transformera réellement votre capacité de concentration.

Rédigé par Marc Delorme, Docteur en psychologie cognitive et consultant en gamification, Marc applique les neurosciences à la productivité et au bien-être depuis 15 ans. Il aide les professionnels à transformer leurs routines grâce aux mécanismes du jeu.